École Centre A de Fada : 30 ans après, les anciens de la promotion 1996-1997 renouent avec leur histoire
Trente ans après avoir quitté les bancs de l’école Centre A, les anciens élèves de la promotion 1996-1997 ont choisi de se retrouver autour d’un geste de reconnaissance. Réunis autour de leur ancien enseignant Yoni Paul Henri, ils ont rendu hommage à celui qu’ils présentent comme un éducateur ayant profondément marqué leur parcours.
Au-delà des retrouvailles, l’initiative entend poser les bases d’une dynamique de solidarité durable entre anciens camarades et d’une reconnaissance envers les enseignants qui ont contribué à leur formation.
Une idée née de trois années d’échanges
Pour Doussa Issa, président du comité d’organisation des retrouvailles et de la rencontre, l’idée a progressivement mûri au fil des échanges entre anciens camarades.
« Depuis pratiquement deux ou trois ans, avec certains camarades, on échangeait, on se rappelait certains souvenirs », explique-t-il.
La dispersion des membres de la promotion, dont certains vivent désormais hors du pays, n’a cependant pas facilité les retrouvailles. C’est finalement à travers les échanges à distance, notamment avec un ancien camarade vivant à l’étranger, que l’idée de créer un groupe WhatsApp a émergé.
L’outil numérique est alors devenu un espace pour retrouver les anciens élèves, renouer les contacts et partager les souvenirs communs.
« Au début, ce n’était pas facile. Mais nous avons continué à échanger et à sensibiliser les uns et les autres », raconte Doussa Issa.
L’idée de rendre hommage à leurs anciens enseignants a progressivement fait consensus.
Yoni Paul Henri, un enseignant qui a laissé une empreinte
Pour les anciens élèves, le choix de rendre hommage à Yoni Paul Henri n’est pas anodin. Ils gardent de leur ancien enseignant le souvenir d’un homme à la fois rigoureux, proche de ses élèves et soucieux de leur transmettre davantage que les seules connaissances inscrites au programme scolaire.
Selon Doussa Issa, l’enseignant avait notamment l’habitude de leur faire découvrir des romans et de leur proposer des jeux de mots croisés.
« Il nous lisait des romans, ce qui nous a donné le goût de la lecture. Il nous faisait jouer aux mots croisés », témoigne-t-il.
Une approche peu ordinaire pour des élèves âgés d’une douzaine d’années à l’époque, mais qui aurait contribué à éveiller leur curiosité et leur goût pour la lecture.
Cette proximité n’excluait toutefois pas la rigueur. Les anciens élèves se souviennent également d’un enseignant particulièrement attaché à la discipline et à l’effort.
« Il nous a appris une chose : il faut toujours se surpasser. Il nous a toujours souhaité que nous fassions mieux que lui », souligne Doussa Issa.
« Je les ai considérés comme mes enfants »
Face à cet hommage, l’émotion était également palpable chez l’ancien enseignant.
Yoni Paul Henri dit ressentir « un sentiment de joie » et une grande satisfaction. Pour lui, cette rencontre constitue surtout la confirmation que son travail d’éducateur a contribué au devenir de ses anciens élèves.
« Je réalise quand même que j’ai apporté aussi ma contribution à leur devenir », confie-t-il.
L’enseignant se rappelle d’une promotion avec laquelle il dit avoir entretenu une relation dépassant le simple cadre scolaire.
« En réalité, je les ai considérés comme mes enfants », témoigne-t-il.
Son rôle, selon lui, ne se limitait donc pas à dispenser des cours. Il évoque également la correction, l’éducation et l’accompagnement des élèves dans leur construction personnelle.
Il décrit la promotion 1996-1997 comme une promotion « très engagée » et « qui travaillait beaucoup ». Il affirme également que les résultats de ces élèves avaient, à l’époque, valu des lettres de félicitations de la part du ministre en fonction.
De simples retrouvailles à une dynamique de solidarité
Pour les organisateurs, cette rencontre ne doit pas rester un événement ponctuel.
Après trois décennies, certains membres de la promotion ne sont plus en vie. Pour les survivants, cette réalité donne davantage de sens à la nécessité de maintenir les liens et de renforcer la solidarité entre anciens camarades.
« Je pense que c’est le début véritablement d’une dynamique qui va aller au-delà des simples retrouvailles », estime Doussa Issa.
La promotion envisage ainsi d’autres initiatives en direction d’anciens enseignants. L’objectif affiché est de faire de la reconnaissance une démarche collective et durable.
« Il n’a pas été le seul enseignant. Dans les années à venir, nous allons développer d’autres initiatives à l’endroit d’autres enseignants également », annonce-t-il.
Reconnaître ceux qui ont contribué à former une génération
À travers cette initiative, les anciens élèves souhaitent également élargir le message à l’ensemble de la communauté éducative.
Pour Doussa Issa, rendre hommage aux anciens enseignants revient à reconnaître le travail accompli dans des conditions qui, selon lui, étaient loin d’être celles d’aujourd’hui.
« En 1996, il n’y avait pas toutes les conditions, mais ils se battaient », rappelle-t-il.
Trois décennies après, les anciens élèves veulent ainsi témoigner de leur reconnaissance à ceux qui ont participé aux premières étapes de leur parcours.
« Aujourd’hui, un enseignant, c’est cette personne-là qui nous a donné le savoir. Il faut toujours être reconnaissant », insiste-t-il.
Pour cette promotion, les retrouvailles apparaissent donc comme bien plus qu’un retour sur les souvenirs d’enfance. Elles constituent un appel à préserver les liens, à cultiver la solidarité et à transmettre aux générations futures la valeur de la reconnaissance envers les éducateurs.
Issa THIOMBIANO, Gulmu Info
