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Burkina Faso : à Fada N’Gourma, la caravane « Djama Beog Néré » fait de la culture un rempart contre les divisions

Dans un Burkina Faso éprouvé par l’insécurité, les déplacements forcés de populations et les tensions sociales qu’engendrent des années de crise, certaines initiatives choisissent de répondre à la fracture par le dialogue plutôt que par la confrontation. À Fada N’Gourma, la deuxième édition de la caravane de la paix « Djama Beog Néré » s’inscrit dans cette dynamique en faisant de la culture un instrument de rapprochement entre les communautés.

Lancée ce mercredi 20 mai 2026 dans la salle polyvalente de la cité de Yendabli, cette initiative du Centre culturel islamique du Burkina Faso (CCIB) ambitionne de recréer des espaces de rencontre et d’échanges entre les différentes composantes de la société burkinabè.

Placée sous le thème évocateur « La culture au service de la paix », la caravane se déploiera dans plusieurs villes du pays, notamment Fada N’Gourma, Tenkodogo et Manga, avec pour objectif de promouvoir le vivre-ensemble, la tolérance et la solidarité dans un contexte où les liens sociaux ont été mis à rude épreuve.

Réapprendre à vivre ensemble

Au-delà de son caractère festif, « Djama Beog Néré » se présente comme une démarche citoyenne visant à restaurer la confiance entre les populations. La crise sécuritaire qui frappe le Burkina Faso depuis plusieurs années a entraîné des déplacements massifs de populations, bouleversé les équilibres communautaires et parfois nourri des incompréhensions entre groupes sociaux.

Face à cette réalité, les organisateurs estiment que la culture peut constituer un langage universel capable de rassembler au-delà des appartenances ethniques, religieuses ou sociales.

La cérémonie officielle a été présidée par le gouverneur de la région de l’Est, Ram Joseph Kafando, représenté par son conseiller technique chargé de la Culture, Hassan Djibilirou. Devant un public composé d’autorités administratives, coutumières, religieuses, d’acteurs de la société civile et de jeunes, les intervenants ont unanimement insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes locaux de cohésion sociale.

La culture comme langage commun

Durant plusieurs jours, la caravane proposera des visites de courtoisie aux autorités locales, des séances de sensibilisation sur la cohabitation pacifique, des conférences publiques ainsi que des soirées culturelles destinées à favoriser le dialogue entre citoyens.

À travers les arts, les échanges et les témoignages, l’initiative entend offrir aux populations un cadre d’expression où chacun peut partager ses préoccupations, mais aussi ses espoirs pour un Burkina Faso réconcilié avec lui-même.

Les prestations artistiques présentées lors de la cérémonie de lancement ont d’ailleurs illustré cette volonté de mettre en valeur ce qui unit les Burkinabè plutôt que ce qui les sépare. Musique, messages de paix et communications thématiques se sont succédé pour rappeler que la cohésion sociale se construit au quotidien, dans les gestes simples comme dans les grandes initiatives collectives.

Construire la paix « briques par briques »

Pour l’imam Alidou Ilboudo, coordonnateur du Centre culturel islamique du Burkina Faso, la caravane est avant tout une invitation à reconnaître la communauté de destin qui lie tous les Burkinabè.

« Nous formons une seule famille et le Burkina Faso, c’est notre patrie. La paix ne se décrète pas. La paix se construit, briques par briques. Et c’est ensemble que nous allons bâtir un Burkina Faso de paix et de vivre-ensemble », a-t-il affirmé.

À travers ces mots, le responsable du CCIB rappelle que la paix durable ne peut être obtenue uniquement par les institutions ou les forces de sécurité. Elle repose également sur la capacité des citoyens à se reconnaître mutuellement comme membres d’une même nation.

Identifier les causes des tensions pour mieux les prévenir

Partenaire financier du projet Beog Néré, Moussa Bambara a souligné l’approche participative adoptée par les organisateurs. Selon lui, la caravane ne se limite pas à diffuser des messages de paix ; elle vise également à comprendre les sources des incompréhensions qui fragilisent parfois les relations communautaires.

« La caravane va rencontrer des citoyens de croyances diverses et ensemble, ils vont essayer de détecter là où se trouve le mal du vivre-ensemble pour dégager les solutions idoines », a-t-il expliqué.

Cette démarche traduit la volonté de faire des populations elles-mêmes les actrices de la recherche de solutions, en privilégiant l’écoute, le dialogue et la concertation.

Un message d’espoir dans un contexte difficile

Pour Hassan Djibilirou, représentant du gouverneur de la région de l’Est, une telle initiative contribue à consolider les fondements de la paix à travers la promotion de valeurs essentielles comme la tolérance, la fraternité et la solidarité.

Dans un contexte national marqué par les défis sécuritaires et humanitaires, « Djama Beog Néré » apparaît ainsi comme une réponse fondée sur la proximité et la participation citoyenne. Là où les crises tendent à dresser des barrières entre les individus, la caravane choisit de construire des ponts.

À Fada N’Gourma, le message porté par cette deuxième édition est clair : malgré les épreuves, le dialogue demeure possible. Et lorsque la culture devient un espace de rencontre, elle peut contribuer à réparer les liens fragilisés et à nourrir l’espoir d’un Burkina Faso plus uni.

Par Van Marcel OUOBA

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