Fada N’Gourma : l’association Boama mise sur la transmission des valeurs du Gulmu aux jeunes
À l’heure où les langues et pratiques culturelles locales peinent à trouver leur place dans le quotidien des jeunes générations, l’association Boama tente de créer un pont entre les enfants, les jeunes et les savoirs traditionnels du Gulmu. Du 24 au 29 août 2026, l’organisation a réuni 37 enfants dans le cadre de la Semaine gulmantché, une initiative lancée depuis 2019 pour favoriser la transmission de la langue et des valeurs culturelles.
Pendant six jours, les participants ont été initiés à la langue gulmantché, à sa transcription, à l’histoire du Gulmu ainsi qu’à différents savoirs liés aux pratiques traditionnelles.
Reconnecter les jeunes à leur culture
Pour Issaka Hervé Kombari, secrétaire général de l’association Boama, l’ambition de l’initiative est avant tout de permettre aux nouvelles générations de renouer avec leurs racines.
« L’objectif est simple : reconnecter les enfants et les jeunes aux valeurs traditionnelles autour de la langue », explique-t-il.
Si l’apprentissage de la langue gulmantché constitue le cœur de l’initiative, le programme va bien au-delà de l’expression orale. Certains participants maîtrisent déjà la langue mais éprouvent des difficultés à l’écrire. Des séances de transcription sont donc proposées afin de renforcer leurs capacités.
L’association souhaite ainsi contribuer à donner davantage de place aux langues nationales dans l’apprentissage et la vie quotidienne.
De la langue aux savoirs traditionnels
La Semaine gulmantché ne se limite pas à l’apprentissage linguistique. Les participants découvrent également différents aspects de l’histoire et des savoirs traditionnels du Gulmu.
Le rôle du neveu dans la famille, la place du forgeron dans la cohésion sociale, les mets traditionnels ou encore les pratiques musicales font partie des sujets abordés.
Une attention particulière est également accordée au tam-tam, dont les sonorités peuvent avoir des significations différentes selon les circonstances.
« Il y a des sons pour les funérailles, il y a des sons pour la joie, et il y a des sons pour cultiver ou pour faire d’autres choses », souligne Issaka Hervé Kombari.
Pour l’association, comprendre ces codes permet aux jeunes de mieux saisir la signification de certaines pratiques qui peuvent progressivement perdre leur sens lorsqu’elles ne sont plus transmises.
« Les trésors humains » au cœur de la transmission
La transmission ne repose pas uniquement sur les formateurs. Des personnes âgées, considérées comme des dépositaires de la mémoire et des savoirs traditionnels, interviennent également auprès des jeunes.
Ces échanges permettent de transmettre des connaissances qui sont parfois difficiles à retrouver dans les supports scolaires classiques.
« Nous-mêmes, en tant qu’initiateurs, nous sommes encore à l’école avec les personnes âgées, les trésors humains qui viennent et qui racontent. Nous apprenons encore », reconnaît le secrétaire général de Boama.
Pour lui, la perte progressive de ces connaissances constitue un enjeu important. Certaines pratiques, notamment les codes liés aux salutations, aux louanges ou aux sons traditionnels, risquent de devenir incompréhensibles pour les jeunes générations si elles ne sont pas transmises.
37 enfants et une quinzaine de formateurs
Pour l’édition 2026, 37 enfants ont pris part à la Semaine gulmantché, qui s’est déroulée du 24 au 29 août.
Une quinzaine de formateurs se sont relayés durant les six jours pour encadrer les participants. Les enseignements ont porté notamment sur le tam-tam, l’histoire, les savoirs traditionnels, la transcription et l’expression orale.
Cette organisation a permis de proposer aux enfants une immersion dans différents aspects du patrimoine culturel local.
Mais pour Boama, le nombre de participants reste encore en deçà des ambitions.
« Notre rêve, c’est de remplir des salles, de voir que plusieurs personnes soient venues », confie Issaka Hervé Kombari.
Convaincre les familles, le défi de la pérennisation
Au-delà de l’organisation pratique de la semaine, l’association fait face à un défi majeur : convaincre davantage de parents d’inscrire leurs enfants à ce type d’activité.
« L’autre difficulté, c’est comment convaincre les gens à accepter d’envoyer leurs enfants et leurs jeunes pour apprendre ce qu’est leur culture », reconnaît-il.
Un défi qui renvoie à une question plus large : comment maintenir la transmission des langues et des savoirs traditionnels dans un contexte où les jeunes sont de plus en plus exposés à d’autres références culturelles et linguistiques ?
Pour Boama, la réponse passe notamment par la création d’espaces d’apprentissage accessibles et attractifs pour les jeunes.
Une association engagée sur plusieurs fronts
Créée en 2011, l’association Boama intervient dans plusieurs domaines avec l’ambition de contribuer à améliorer l’accès des populations de la région de l’Est à des services de qualité.
L’éducation et la transmission culturelle constituent l’un de ses axes d’intervention depuis le lancement de l’école dédiée aux savoirs endogènes en 2019.
L’association mène également des activités d’alphabétisation, des formations destinées aux femmes et des initiatives dans le domaine de l’agriculture, notamment les cultures hors sol.
Elle indique par ailleurs avoir accompagné une trentaine de femmes dans l’apprentissage du tissage sur pédale, leur permettant de développer des activités génératrices de revenus.
À chaque rentrée scolaire, Boama tente également d’apporter un appui à certains enfants confrontés à des difficultés d’accès aux fournitures scolaires.
Préserver aujourd’hui pour transmettre demain
À travers la Semaine gulmantché, Boama entend faire de la transmission culturelle une démarche concrète, en donnant aux enfants l’occasion d’apprendre leur langue, leur histoire et les pratiques qui ont façonné la société du Gulmu.
Pour l’association, l’enjeu dépasse donc la seule sauvegarde d’une langue. Il s’agit aussi de permettre aux jeunes de comprendre les codes sociaux, les savoirs et les valeurs qui ont longtemps structuré la vie communautaire.
L’ambition affichée est désormais d’élargir la participation et de faire de cette initiative un véritable espace intergénérationnel.
Car pour Boama, la préservation du patrimoine culturel ne peut être durable que si les jeunes en deviennent eux-mêmes les dépositaires et les acteurs.
Issa THIOMBIANO, Gulmu Info
