Fada N’Gourma : le théâtre comme rempart contre la violence et la stigmatisation
Dans une région confrontée aux défis sécuritaires et aux risques de fractures sociales, le théâtre s’impose comme un puissant outil de sensibilisation et de dialogue. À Fada N’Gourma, le projet « Théâtre pour la paix et théâtre radiophonique » a achevé son parcours après plusieurs mois d’activités consacrées à la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
Portée dans le cadre du Programme d’appui au développement des initiatives culturelles (PADIC), avec le soutien du Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT) et de la Coopération suisse, l’initiative a officiellement pris fin le 23 mai 2026 au cours d’une cérémonie de clôture réunissant autorités administratives, acteurs culturels et bénéficiaires.
Depuis son lancement en novembre 2025, le projet a multiplié les représentations théâtrales, les émissions radiophoniques et les campagnes de sensibilisation dans plusieurs localités du Gourma. À travers des mises en scène inspirées du vécu quotidien des populations, les comédiens ont abordé des thématiques telles que la stigmatisation, les discours de haine, la violence communautaire et l’importance du dialogue.
« Le théâtre permet de transmettre des messages que tout le monde comprend »
Pour les promoteurs du projet, le choix du théâtre n’est pas un hasard. Selon eux, l’art dramatique demeure l’un des moyens les plus accessibles pour toucher les populations et provoquer une prise de conscience collective.
« Le théâtre permet de transmettre des messages que tout le monde comprend, quel que soit son niveau d’instruction. Quand les populations se reconnaissent dans les scènes qui sont jouées, elles réfléchissent davantage à leurs comportements et à leurs responsabilités dans la préservation de la paix », explique un responsable du projet.
Au fil des représentations, les spectacles ont attiré un public varié composé de jeunes, de femmes, de leaders communautaires et de personnes déplacées internes.
Les autorités saluent une initiative porteuse d’espoir
Présidant la cérémonie de clôture, le Secrétaire général de la province du Gourma, représentant les autorités provinciales, a salué la pertinence de cette initiative dans un contexte où la cohésion sociale constitue un enjeu majeur.
« Nous traversons une période où il est important de renforcer le dialogue et le vivre-ensemble au sein de nos communautés. Ce projet contribue à sensibiliser les populations et particulièrement les jeunes sur leur rôle dans la construction de la paix. Nous encourageons les acteurs culturels à poursuivre ce type d’actions », a-t-il déclaré.
Pour lui, les activités menées ont permis de créer des espaces d’échanges entre les différentes composantes de la société et de promouvoir des valeurs essentielles telles que la tolérance et le respect mutuel.
« Aujourd’hui, je comprends mieux les conséquences de la stigmatisation »
Parmi les bénéficiaires, plusieurs jeunes reconnaissent avoir changé leur perception de certaines réalités sociales grâce aux messages véhiculés par les pièces de théâtre et les émissions radiophoniques.
« Avant, nous ne mesurions pas toujours les conséquences de certains comportements ou paroles. À travers les représentations, nous avons compris que la stigmatisation peut créer des divisions et des conflits. Aujourd’hui, je fais plus attention à la manière dont je parle aux autres et je privilégie le dialogue », confie Talardia THIOMBIANO, un jeune participant.
Même constat chez Alimata Yonli, une autre bénéficiaire rencontré à l’issue de la cérémonie.
« Ce projet nous a montré que chacun peut être un artisan de paix dans sa famille, son quartier ou son village. Les messages étaient simples mais très forts. Nous avons appris à accepter les différences et à vivre ensemble malgré les difficultés », témoigne-t-il.
La culture comme vecteur de résilience
Au-delà des spectacles et des émissions diffusées sur les radios locales, le projet aura permis d’ouvrir des espaces de dialogue entre populations, autorités locales et leaders communautaires.
Pour les initiateurs, la clôture du programme ne marque pas la fin de la dynamique engagée. Les connaissances acquises et les messages diffusés sont appelés à continuer leur chemin au sein des communautés.
À Fada N’Gourma, cette expérience rappelle que la culture ne se limite pas au divertissement. Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et sociaux, elle peut devenir un véritable levier de résilience, de prévention des conflits et de reconstruction du tissu social.
Issa THIOMBIANO, Gulmu Info
